Les causes des TCA et de l’alimentation troublée

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Les troubles alimentaires sont toujours multifactoriels, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas déclenchés par une cause unique, mais par plusieurs causes agissant de façon concomitante.

Plutôt que de parler de causes, il est fréquent de parler de facteurs, on en distingue notamment 2 types :

  • Les facteurs de développement, qui favorisent l’émergence du trouble alimentaire ou de certains symptômes du trouble alimentaire
  • Les facteurs de maintien, qui comme leur nom l’indique participent au maintien de la pathologie une fois celle-ci installée, et qui peuvent même renforcer certains symptômes.

Dans la plupart des cas, le trouble alimentaire s’installe progressivement au cours du temps : pendant plusieurs mois, des symptômes apparaissent et s’intensifient.

Les premiers signes et symptômes de la maladie passent souvent inaperçus, à la fois pour la personne concernée, pour ses proches, mais également pour les professionnel.le.s de santé que la personne peut être amenée à consulter.

Lorsqu’une personne manifeste son inquiétude, qu’il s’agisse encore une fois de la personne concernée ou d’une tierce personne, bien souvent le trouble est déjà installé, ce qui nécessite un accompagnement avec plusieurs professionnel.le.s de santé formé.e.s à la prise en charge des troubles alimentaires.

Dans cet article je vous présente les différents facteurs de développement et de maintien des TCA qui sont à ce jour reconnus et étudiés.

Le bois et les étincelles

J’ai souvent tendance à considérer que pour qu’un TCA se développe, deux paramètres sont nécessaires : le bois et les étincelles. C’est la présence de ces deux paramètres qui fait que le feu prend. L’un sans l’autre, le TCA ne se développe pas. Il s’agit bien sûr d’une métaphore.

Le bois représente ce qu’on appelle le terrain favorisant ou encore le terrain prédisposant. C’est la présence, dans la vie d’une personne, de plusieurs facteurs de développement, qui sont nécessaires pour qu’un TCA se développe, mais qui ne sont pas suffisants à eux seuls. Je les détaille par la suite.

Les étincelles représentent ce qu’on appelle le ou les éléments déclencheurs, des évènements plutôt soudains et limités dans le temps, assez souvent vécus comme relativement graves pour la personne concernée (mais bien entendu, il existe des exceptions).

Sur un terrain prédisposant, ces éléments déclencheurs donnent lieu au développement d’un TCA, ou bien d’un symptôme isolé qui prendra de l’ampleur pour devenir un TCA. Là encore, les éléments déclencheurs sans le terrain prédisposant n’auraient probablement pas donné lieu à un TCA.

Le terrain prédisposant à l’apparition d’un TCA

Plusieurs facteurs de développement différents peuvent composer le terrain prédisposant. La présence d’un ou de plusieurs de ces facteurs crée une certaine vulnérabilité, en fragilisant la capacité d’une personne à retrouver un équilibre après avoir vécu un événement difficile.

Voici une liste non exhaustive de ces facteurs :

  • Des prédispositions génétiques,
  • L’internalisation de l’importance de se conformer à certaines normes sociétales,
  • Une estime de soi relativement faible,
  • Des compétences émotionnelles peu développées,
  • Certains traits de personnalités,
  • Un climat d’anxiété alimentaire ou d’insécurité alimentaire,
  • L’apprentissage de certaines croyances et de certains comportements parentaux,
  • Un ESPT (État de Stress Post Traumatique) non traité.

Généralement, une personne développant un TCA présente plusieurs de ces facteurs, sans forcément être concernée par la totalité.

Voici quelques détails sur ces facteurs afin de faciliter votre compréhension du contexte favorisant l’émergence d’un trouble alimentaire.

  1. Les prédispositions génétiques.

Il est actuellement établi qu’il existe souvent une composante génétique dans l’apparition d’un TCA, c’est-à-dire qu’en raison de la présence de certains gènes, le risque de développer un trouble alimentaire est augmenté (toujours de façon concomitante à d’autres facteurs, cette composante génétique ne se suffisant pas à elle seule pour développer un TCA).

De nombreuses études (réalisées et en cours) étudient les génomes de personnes atteintes et de personnes non atteintes de pathologies (comme les TCA) afin de comprendre l’importance de ce facteur génétique et quels sont les gènes concernés.

Il est également établi que cette composante génétique est héréditaire, c’est-à-dire qu’elle se transmet des parents aux enfants. Cela ne veut pas dire qu’une personne ayant (ou ayant eu) un TCA le transmettra obligatoirement à ses enfants, mais qu’elle lui transmettra probablement une prédisposition génétique à développer un TCA. Ce n’est pas le TCA qui se transmet, mais bien la possibilité accrue d’en développer un.

Ce sujet reste plus clair dans le cas de l’anorexie mentale que pour les autres troubles alimentaires, pour lesquels la composante génétique reste globalement peu comprise.

L’essentiel à retenir est que les troubles alimentaires surviennent à la suite d’une combinaison de nombreux facteurs tant génétiques qu’environnementaux

Enfin, s’il n’est pas possible à ce jour de limiter cette prédisposition génétique existante chez un individu, il est en revanche possible de limiter les autres facteurs de développement et de maintien (développés par la suite) afin de limiter le risque de développer un TCA, d’entretenir un TCA existant ou encore de rechuter dans un TCA après une période de rémission.

  1. L’internalisation de l’importance de se conformer à certaines normes sociétales.

Dans chaque société, dans chaque pays et à chaque époque, il existe un ensemble de normes considérées comme des choses “bonnes” à faire. On peut également parler d’idéaux, car ces normes sont souvent érigées comme des choses à atteindre pour être heureuse ou heureux, pour être reconnu.e et validé.e par les autres. 

L’idéal de beauté par exemple, a peut-être toujours existé, mais il ne repose pas sur les mêmes critères selon les époques et les pays. 

Aujourd’hui en France, l’idéal de beauté repose en partie sur un idéal de minceur, et bien qu’il concerne de plus en plus les hommes, il concerne encore majoritairement les femmes.

En effet, la plupart des femmes comprennent rapidement au cours de leur enfance qu’elles seront valorisées et avantagées si elles sont et restent minces conformément à l’idéal esthétique actuel. Ainsi, par conformisme, elles cherchent à ressembler à cet idéal, donc à perdre du poids, à ne pas en prendre, et ceci passe par le contrôle de l’alimentation.

Aujourd’hui l’internalisation de l’idéal de minceur et le fait d’être insatisfait.e de son corps sont considérés comme deux principaux facteurs de risque de développer un trouble alimentaire.

PS : Il existe également d’autres normes qui favorisent l’apparition de troubles alimentaires, par exemple via l’hyper-valorisation de l’activité physique, du contrôle, de la productivité, du perfectionnisme etc.

  1. L’estime de soi relativement faible.

L’estime de soi peut être définie comme la capacité à reconnaître les caractéristiques à l’origine de sa propre singularité, associée à la façon de juger cette singularité et donc de juger de sa propre valeur en tant qu’individu.

Elle se construit progressivement dès l’enfance, en grande partie dans le regard de l’autre, notamment les parents et autres adultes référents.

Leurs propos et leurs comportements à notre égard seront à l’origine de plusieurs croyances que nous allons développer à propos de nous-même, par exemple « Je suis super douée au foot » (croyance valorisante) ou encore « Je suis moche » (croyance dévalorisante).

Ces croyances vont s’ancrer, parfois même se renforcer du fait de certaines expériences, et vont largement influencer l’estime de soi, même à l’âge adulte, même plusieurs dizaines d’années après.

Chez les personnes souffrant de TCA, l’estime de soi est très souvent dégradée, notamment une branche de l’estime de soi : l’estime corporelle.

Cela se traduit, entre autres signaux, par :

  • Une quantité importantes de pensées à propos de soi, surtout dans les contextes sociaux (« Que vont-ils penser de moi ? » ; « Comment vais-je m’habiller ? » ; « Et si je n’ai pas assez de conversation ? » etc.)
  • Les pensées à propos de soi sont majoritairement péjoratives, dévalorisantes, mais en plus de cela, ces pensées sont très généralistes et sans nuance ni contextualisation (« Je suis moche » ; « Je ne suis pas assez cultivé.e » ; « Je ne suis pas assez bien » etc.)
  • Ressentir beaucoup d’émotions désagréables en pensant à soi et/ou en se voyant (dans le miroir, en photo…) comme la honte, la tristesse, la culpabilité, le désespoir, l’anxiété etc.
  • Un fort besoin de se conformer aux normes sociétales (être mince, avoir des diplômes, être heureux / heureuse en couple etc.)
  • Un fort besoin de se comparer aux autres, presque systématiquement en se dévalorisant.

C’est notamment de par le besoin de se conformer aux normes de beauté (et donc de minceur) que le manque d’estime de soi augmente le risque de développer un trouble alimentaire, bien que ce ne soit pas l’unique mécanisme en cause.

  1. Le manque de compétences émotionnelles.

Les compétences émotionnelles sont des aptitudes acquises permettant à un individu d’identifier ses propres émotions (et dans une certaine mesure, celles des autres), de les comprendre, de les vivre et d’y réagir de façon adaptée, et de les exprimer si besoin.

Ces compétences émotionnelles sont essentielles dans la relation à soi, notamment pour comprendre et respecter ses propres besoins et ses propres limites, ainsi que dans les relations avec les autres.

La majorité des personnes souffrant de troubles alimentaires n’ont pas ou peu développé de compétences émotionnelles depuis leur enfance, cela pourrait donc favoriser un certain mal être, un manque de compréhension de soi et des autres, et donc être un facteur de risque de développer un TCA.

Ceci est notamment dû à l’essor trop récent des connaissances en psychologie, ainsi qu’à des normes culturelles. Par exemple, les adultes référents (les parents, mais pas uniquement) incitent souvent les enfants à ne pas pleurer, à ne pas s’énerver, à être sage, à ne pas dire ce qu’ils et elles pensent etc.

Il est donc fréquent que ces personnes ne sachent pas ce qu’est une émotion, ne sachent pas identifier ni comprendre les différentes émotions qu’elles vivent, et qu’elles ne sachent pas non plus les réguler.

Leurs émotions peuvent alors être une source d’incompréhension et/ou de souffrance, ce qui peut pousser ces personnes (dans un processus inconscient) à :

  • mettre souvent en place de l’évitement émotionnel, c’est-à-dire éviter les situations qui risquent de faire ressentir certaines émotions qui pourraient les submerger,
  • être dans le déni vis-à vis de certaines situations,
  • anesthésier ou ignorer certaines émotions pour ne pas avoir à les ressentir,
  • ou bien à l’inverse chercher à ressentir des émotions très intenses.
  1. Les traits de personnalité.

Il semblerait que certains traits de personnalité soient impliqués dans le développement des troubles alimentaires. En voici quelques-uns :

  • Un trait perfectionniste.

C’est la tendance à poursuivre des normes et/ou des objectifs très élevés voire irréalistes, et ce malgré la survenue de conséquences néfastes. 

Bien qu’un comportement perfectionniste puisse être considéré comme adapté ou inadapté selon la situation, les personnes sujettes aux TCA semblent fréquemment présenter ce trait de personnalité de façon prononcée, occasionnant beaucoup de conséquences négatives dans leur vie. 

Pour le moment, les études et les témoignages de patient.e.s mettent en évidence que ce perfectionnisme est essentiellement auto-centré, c’est-à-dire que les personnes concernées sont très exigeantes vis-à-vis d’elles-mêmes. En pratique, cela peut se traduire par un vécu exagérément grave des erreurs ou des échecs, par une forte anxiété causée par la recherche de la performance, par la réalisation de performances notables (qu’elles soient scolaires, sportives etc.) jusqu’à l’épuisement parfois et sans satisfaction majeure vis-à-vis de soi.

Tout ceci peut également être associé à la croyance que les autres les évaluent de façon aussi exigeante.

En revanche, leurs exigences vis-à-vis des autres sembles similaires à celles des personnes n’ayant pas de troubles alimentaires.

  • Un trait de personnalité dit obsessionnel-compulsif.

Il s’agit de pensées intrusives, récurrentes et persistantes, à l’origine d’une forte anxiété, et/ou de comportements répétitifs, notamment des comportements de vérification, qui sont destinés à supprimer ou à diminuer l’anxiété. A cela peut également s’ajouter une recherche de symétrie et d’exactitude, ainsi que des doutes récurrents à propos de certains sujets.

  • L’impulsivité.

Dans ce cadre, l’impulsivité est définie comme un manque d’anticipation des risques et des conséquences potentielles avant d’agir. Des études constatent une impulsivité moindre chez les personnes sujettes à l’anorexie mentale que chez les personnes sans trouble alimentaire ; et à l’inverse une impulsivité supérieure chez les personnes sujettes à la boulimie que chez les personnes sujettes à l’anorexie mentale et chez les personnes sans trouble alimentaire. Ces observations sont à mitiger, puisque cette impulsivité pourrait aussi être due aux restrictions alimentaires et/ou aux difficultés émotionnelles.

  • Le narcissisme.

Le narcissisme est considéré dans ce cadre comme une préoccupation pathologique pour sa propre apparence physique, le besoin d’être validé.e par les autres, une forte sensibilité à l’avis des autres et une tendance à la perte de l’estime de soi.

  1. L’anxiété alimentaire et/ou l’insécurité alimentaire.

Plusieurs événements de vie peuvent être à l’origine d’un sentiment d’insécurité et/ou d’une anxiété vis-à-vis de l’alimentation.

Par exemple, certaines personnes ayant vécu un manque alimentaire (en raison de précarité la plupart du temps) à un ou plusieurs moments de leur vie peuvent conserver une peur envahissante de manquer de nourriture, et/ou une peur d’avoir faim. Cela peut largement influencer leur comportement alimentaire : acheter / stocker beaucoup de nourriture, manger plus que ses besoins, terminer constamment son assiette, se resservir dès lors que cela est possible, manger avant d’avoir faim pour éviter d’avoir faim, etc.

Tout ceci peut entraîner des dérégulations du comportement alimentaire. En association avec l’anxiété alimentaire ainsi qu’avec d’autres facteurs, cela peut contribuer au développement d’un trouble alimentaire.

Malheureusement, il est fréquent d’observer la même anxiété alimentaire et les mêmes dérégulations du comportements alimentaires chez les personnes ayant pratiqué des régimes dans le but de perdre du poids. En effet, ces régimes sont toujours hypocaloriques, l’alimentation est donc insuffisante par rapport aux besoins de l’organisme, ce qui aura au fil des mois des nombreuses conséquences négatives sur le rapport à l’alimentation.

L’anxiété alimentaire peut également être liée à un discours ambiant à la fois inquiétant (“Tels aliments sont dangereux pour la santé” ; “On ne nous dit pas tout”) et dichotomique (“Certains aliments sont des poisons, d’autres aliments sont magiques”).

Si on ajoute à cela que les informations sur l’alimentation sont extrêmement nombreuses et contradictoires, et que chacun.e y va de son avis (même sans bien connaître le sujet), il est normal que beaucoup de personnes soient perdues parmi ces informations, qu’elles soient anxieuse et qu’elles ne sachent plus comment s’alimenter.

  1. Les apprentissages issus des parents

Au sein de la famille, notamment au sein de la relation avec les parents ou les adultes ayant occupé une place de référent.e dans l’éducation, de nombreuses choses sont transmises : des croyances, des schémas de pensées, des façons de communiquer ou de réguler ses émotions, des comportements etc.

Par exemple, la croyance “il faut être mince pour être beau ou belle” (avec une autre croyance implicite comme “être beau ou belle est important pour réussir sa vie”) appartenant à l’un des parents peut être transmise à l’enfant depuis son jeune âge, puis être entretenue par la suite. Cette personne, même à l’âge adulte, aura plus de risque de vouloir contrôler son alimentation, dans le but d’être et de rester mince.

Ici, il ne s’agit pas d’accuser les parents. Ils ont certes une part de responsabilité, mais ils sont malheureusement eux-aussi largement influencés par les normes et croyances sociétales, peut-être sans même sans le savoir.

Il s’agit de reconnaître que durant toute notre éducation, nos proches et notamment nos parents nous ont peut-être influencé.e.s à bien des égards.

Le plus important à retenir est et que si une croyance x a été acquise de cette façon là :

  • il ne s’agit pas pour autant d’une vérité, mais uniquement d’une croyance familiale
  • une autre croyance plus personnelle et plus juste peut être acquise pour remplacer cette croyance initiale.

Autre sujet : sur le plan comportemental, plusieurs mécanismes peuvent être à l’origine d’une baisse significative de l’intéroception, qui est la capacité à percevoir les sensations provenant de l’intérieur de notre corps, comme les battements du coeur, les gargouillements de l’estomac ou encore un tiraillement au niveau de la vessie.

Ceci arrive généralement chez les enfants très jeunes, par exemple lorsque ce sont les parents qui décident toujours des horaires et des volumes des repas (y compris des tétées). Dans ce cas, il est fréquent que l’enfant perde progressivement la capacité de ressentir ses sensations de faim et de satiété.

Malheureusement, ne pas pouvoir se fier à ses sensations corporelles pour réguler ses apports alimentaires peut être à l’origine d’une incohérence entre les besoins et les apports, donc de variations de poids.

Cela pousse également les personnes concernées à suivre des règles externes pour savoir comment s’alimenter, puisqu’elles ne peuvent plus se fier à leurs sensations internes pour cela.

  1. L’État de Stress Post Traumatique (ESPT).

L’ESPT est une pathologie chronique à part entière, dont les différents symptômes modifient la perception que la personne concernée peut avoir d’elle-même, des autres et du monde. Les TCA sont parfois la comorbidité d’un ESPT.

Cette pathologie est liée à des dysfonctionnements de certaines structures cérébrales, survenant à la suite d’un ou de plusieurs événements dit traumatiques. Cela dit, l’ESPT ne survient pas systématiquement à chaque fois qu’une personne vit un événement à potentiel traumatique, car les structures cérébrales peuvent être capables de se réguler et de continuer de fonctionner correctement même après l’exposition à l’événement.

Un événement à potentiel traumatique est un événement durant lequel la personne concernée ou une autre personne en présence se sent menacée et/ou terrifiée pour sa vie, son intégrité physique ou psychique (menace de mort, mort d’autres personnes en présence, menace de grave blessure, grave blessure, violences sexuelles ou menace d’en subir, l’annonce d’une pathologie).

Les symptômes de l’ESPT sont les suivants :

  • Reviviscences de l’événement ou des événements traumatiques dans le présent sous la forme de souvenirs, de flashbacks ou de cauchemars. Cela peut survenir via une ou plusieurs stimulations sensorielles (voir quelque chose, sentir une odeur…) et s’accompagne généralement d’émotions bouleversantes, en particulier de peur ou d’horreur, et de sensations physiques intenses.
  • Évitement de pensées et souvenirs au sujet de l’événement ou des événements, ou évitement d’activités, de situations ou de personnes rappelant l’événement ou les événements.
  • Perception persistante d’une menace, qui s’exprime souvent par une hypervigilance ou d’une réaction de sursaut accrue à des stimuli tels que des bruits inattendus.

Ces symptômes persistent pendant au moins plusieurs semaines et entraînent des difficultés significatives dans les domaines personnel, familial, social, scolaire, professionnel etc.

Cet état pathologique, avec ses symptômes, les bouleversements émotionnels et des difficultés sociales qui en découlent, représente une vulnérabilité, un facteur de développement des TCA.

L’ESPT se traite actuellement très bien, notamment grâce à une thérapie brève appelée l’EMDR, en revanche beaucoup de personnes sujettes à cette pathologie ne le savent pas donc ne peuvent pas bénéficier du traitement thérapeutique adapté.

Après cette longue description de plusieurs facteurs formant le terrain propice au développement des TCA, développons les éléments qui peuvent fréquemment faire office d’éléments déclencheurs.

Les éléments déclencheurs d’un TCA

Si vous vous souvenez de la métaphore du bois et des étincelles, les éléments déclencheurs représentent les étincelles, car c’est en leur présence que les TCA vont se déclencher de façon plus ou moins soudaine, toujours sur un terrain prédisposant.

Il existe de nombreux éléments déclencheurs, j’en dresse ici une liste non exhaustive, mais les plus fréquents sont les suivants :

  • La pratique d’un (énième) régime hypocalorique,
  • Un événement traumatique,
  • L’adolescence,
  • Un traitement médicamenteux.
  1. Les régimes hypocaloriques.

La porte d’entrée sur les troubles alimentaires la plus fréquente reste, et de loin, la pratique d’un régime dans l’intention de perdre du poids, ou bien de perdre de la masse grasse de façon ciblée, de modifier sa silhouette etc.

Ce régime, qui peut aussi porter le nom de plan alimentaire, ou de rééquilibrage alimentaire, aura toujours 2 caractéristiques :

  • Il est hypocalorique, c’est-à-dire que durant que vous le pratiquez, vous consommez moins de calories au quotidien que ce que votre corps dépense pour fonctionner,
  • Il y a des règles ou des principes à suivre, à appliquer. Ces règles sont plus ou moins rigides, plus ou moins nombreuses, mais il en a tout de même.

Ces 2 caractéristiques sont la cause directe de plusieurs dérégulations du comportement alimentaire :

  • Ne pas couvrir ses besoins énergétiques (=caloriques) au quotidien entraîne automatiquement une augmentation des sensations de faim dans le but de manger davantage pour revenir à l’équilibre. La personne qui persévère dans son régime doit donc “résister” à ses sensations de faim, ne pas y répondre, et creuse ainsi de jour en jour l’écart entre les besoins de son corps et les apports alimentaires. Au bout de quelque temps, les sensations de faim sont moins perçues, moins identifiées : c’est la diminution de l’intéroception. En parallèle, ces sensations de faim peuvent ponctuellement être intenses jusqu’à déclencher des prises alimentaires “non prévues” dans le plan alimentaire, qui engendrera certainement de la culpabilité et un sentiment d’échec. D’ailleurs, ces prises alimentaires peuvent devenir compulsives et honteuses. Malheureusement, cela renforcera les restrictions par la suite, et un cercle vicieux s’installe rapidement.

  • La diminution de l’intéroception va également impliquer de percevoir de moins en moins les sensations corporelles, notamment celles au niveau de l’estomac, rendant le ressenti de la satiété et du rassasiement, au fil des mois, difficile voire impossible. Ne plus ressentir ses sensations internes comme la faim, la satiété et le rassasiement empêche de répondre à ses propres besoins de façon optimale (en termes d’horaires, de fréquence des prises alimentaires, de quantités etc.), laissant un sentiment de flou, de perte d’autonomie et de dépendance au plan alimentaire, avec un discours comme “si je m’écoutais, je ferais n’importe quoi”. La personne concernée va donc de plus en plus se fier à son plan alimentaire, à ses croyances et aux informations nutritionnelles externes à elle pour s’alimenter : c’est donc un second cercle vicieux.

  • Ne pas répondre à la (quasi) totalité de ses envies alimentaires (qu’il s’agisse d’envies exprimant des besoins émotionnels, nutritionnels, organisationnels ou sociaux) engendre de la frustration. Cela a pour conséquence d’augmenter les envies de manger et la recherche de plaisir dans l’alimentation au sens large. Là aussi, ces envies vont devenir de plus en plus intenses jusqu’à déclencher des prises alimentaires “non prévues”, compulsives ou non. Toujours du fait de la culpabilité, de la honte et du sentiment d’échec, cela peut inciter à éviter (ne plus acheter par exemple) les aliments désirés, ce qui renforce la frustration : voici donc un troisième cercle vicieux.

  1. Un événement traumatique.

La survenue d’un (nouvel) événement traumatique et/ou l’installation d’un ESPT découlant de cet événement peut également agir comme un élément déclencheur d’un trouble alimentaire.

En effet, les troubles émotionnels qui en résultent peuvent amener la personne concernée à (inconsciemment) chercher à se dissocier pour ne plus ressentir ses émotions, s’anesthésier, ou à l’inverse à ressentir des émotions très intenses. Sur le plan comportemental, cela peut classiquement se traduire par des compulsions alimentaires et/ou par des vomissements, par de l’hyperactivité physique, etc.

On considère ces modifications comportementales comme des stratégies de défense face au stress intense généré par l’événement, ce qui dérégule le comportement alimentaire et ainsi peut débuter un TCA.

  1. L’adolescence.

L’adolescence est une période de la vie bien particulière… 

Premièrement, elle est caractérisée par de nombreux changements

  • Des modifications hormonales qui peuvent directement influer sur l’humeur et le sommeil, et donc sur les envies de manger ;
  • Les modifications anatomiques sont nombreuses et perturbent fréquemment l’image de soi et l’estime corporelle ;
  • L’évolution de la personnalité peut donner lieu à des questionnement identitaires, existentiels, ainsi qu’à des conflits relationnels, notamment avec les parents ;
  • De nouvelles responsabilités apparaissent, des décisions sont à prendre, ce qui peut créer une source de stress importante ;
  • La découverte de la sexualité peut elle aussi avoir une incidence sur la relation au corps.

Tout ou partie de ces changements peuvent être à l’origine de difficultés émotionnelles, voire même de bouleversements majeurs.

De plus, l’adolescence est également caractérisée par une forte recherche d’appartenance sociale, pouvant modifier les comportements de façon importante dans le but de se conformer à un ensemble de normes (celles d’un groupe social en particulier et/ou celles de la société). Il peut s’agir de vouloir modifier son corps, de vouloir adopter de nouveaux comportements alimentaires, de vouloir consommer des substances psychoactives, etc.

L’ensemble de ces raisons justifie le fait que dans de nombreux cas, les troubles alimentaires débutent pendant l’adolescence.

  1. Un traitement médicamenteux.

La prise d’un nouveau traitement médicamenteux peut avoir un ou plusieurs effets secondaires agissant un élément déclencheur d’un trouble alimentaire.

Il est courant d’entendre ce type de témoignages après la prise d’un traitement dit orexigène (qui augmente la faim) ou d’un traitement anorexigène (qui diminue la faim).

En effet, ces traitements peuvent perturber le fonctionnement “normal” du comportement alimentaire, augmenter ou diminuer de façon significative les prises alimentaires, ce qui risque d’enclencher une réaction en cascade, par exemple :

  • Une personne est satisfaite de constater que ses apports alimentaires diminuent du fait d’un traitement anorexigène (une perte de poids peut éventuellement y être associée), et souhaite majorer cet effet en se restreignant davantage.
  • Une personne prend du poids du fait d’une augmentation de ses apports liée au traitement orexigène, et dans un contexte de grossophobie systémique s’engage dans une alimentation hypocalorique pour perdre le poids pris récemment.

Un effet similaire peut être observé à la prise d’une nouvelle pilule contraceptive.

Dans ce cas de figure, il est d’autant plus important de prendre le temps d’établir une balance évaluant les bénéfices et les effets secondaires du traitement, afin de décider de le prolonger malgré les effets indésirables ou bien d’essayer de changer de molécule.

Un effet similaire est également décrit par certaines personnes après une chirurgie ayant entraîné un besoin de restreindre ses apports alimentaires, comme un retrait des dents de sagesse par exemple.

Conclusion

Les causes des TCA sont multiples et parfois complexes à mettre en évidence. Il n’est pas du tout obligatoire de comprendre les causes de son propre TCA pour être accompagné.e et pour en sortir.

Cela dit, il est possible que le fait de mieux comprendre votre histoire, votre passé et votre personnalité vous aide à comprendre pourquoi les symptômes que vous vivez se sont installés, pourquoi ils se maintiennent encore aujourd’hui.

Il est également possible que cela vous permette de rendre légitime chacun de vos symptômes, de moins lutter contre eux au quotidien, mais plutôt de les observer avec bienveillance pour vous-même pendant votre cheminement.

En effet, tout un pan de la thérapie repose dans le fait de considérer chacun de ses symptômes en agissant sur sa ou ses causes pour les voir diminuer au fil du temps.

Toutes les causes évoquées dans cet article sont fréquemment retrouvées dans les histoires de vie des personnes présentant un trouble alimentaire. Pour autant, chaque histoire est unique, donc il est certain que vous soyez concerné.e par certains de ces facteurs et non par d’autres.

Cet article avait pour but de vous aider, si vous en ressentiez le besoin, à comprendre quels facteurs vous concernent personnellement. Dans un second temps, vous pourrez peut-être explorer si vous pouvez actuellement agir sur certains de ces facteurs, notamment les facteurs de maintien du trouble alimentaire.

J’espère que cet article vous aura été utile !

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