L’acronyme TCA désigne les Troubles des Conduites Alimentaires, également appelés les Troubles du Comportement Alimentaire.
Il s’agit d’un ensemble de pathologies où la façon de s’alimenter est altérée, comparativement à la façon de s’alimenter des autres individus évoluant dans le même environnement.
Plus exactement, ce ne sont pas uniquement les comportements alimentaires qui sont affectés, mais également les pensées et les émotions au sujet de l’alimentation.
Les TCA sont généralement classés parmi les pathologies mentales, comportementales et neurodéveloppementales. Ceci implique que ces pathologies soient essentiellement liées à des perturbations des fonctions cognitives, des processus psychologiques ou encore de la régulation émotionnelle. Cela signifie également que ces troubles ne sont pas liés aux aliments en eux-mêmes lorsqu’ils sont ingérés, comme c’est le cas lors d’une allergie alimentaire par exemple.
Quelques caractéristiques des TCA
Les TCA sont considérés comme des pathologies chroniques, c’est-à-dire nécessitant une prise en charge sur une durée relativement longue (plusieurs mois à plusieurs années) voire même à vie dans certains cas.
Ces troubles ont des conséquences néfastes multiples pour les personnes concernées :
- Retentissements fréquents sur la santé mentale, notamment du fait de l’envahissement de la sphère émotionnelle : anxiété, peur, stress, honte, culpabilité etc.
- Retentissements fréquents sur la santé somatique : carences, fatigue, faiblesse musculaire, aménorrhée, troubles digestifs multiples, perte de cheveux, etc.
- Retentissements fréquents sur la vie sociale : annulation de certaines sorties, isolement, sentiment d’être incompris.e, difficultés majeures lors des repas sociaux, phobie sociale, arrêt de travail etc.
De plus, ces troubles témoignent souvent de difficultés identitaires, existentielles et/ou d’une souffrance psychologique pré-existante.
De ce fait, une personne qui souffre de TCA aura souvent besoin de solliciter plusieurs professionnel.le.s, de plusieurs corps de métiers différents, par exemple :
- des professionnel.le.s de la psyché (psychologues, psychothérapeutes…)
- des médecins (psychiatres, gastro-entérologues, endocrinologues…)
- des professionnel.le.s de l’alimentation, essentiellement des diététicien.ne.s-nutritionnistes
- des professionnel.le.s de la relation au corps et/ou du fonctionnement du corps (psychomotricien.ne.s, kinésithérapeutes, sophrologues…)
Il s’agit de pathologies multifactorielles, c’est-à-dire qu’elles se déclenchent en lien avec plusieurs causes et non une cause unique (ce sujet sera développé en détails dans un autre article).
Les TCA sont diagnostiqués à partir de critères établis :
- Par le DSM-5, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, dont la 5ème et dernière édition date de 2013. Il s’agit d’un manuel de référence américain.
- Ou bien par la CIM-11, Classification Internationale des Maladies, dont la 11ème édition date de Février 2022. C’est l’équivalent européen du DSM-5.
Les différents TCA selon le DSM-5
Dans le DSM-5 sont répertoriés les TCA suivants :
| Liste des TCA | Critères de diagnostic (abrégés) |
Anorexie Mentale (AM)ou en anglais Anorexia Nervosa (AN). L’AM peut être de type restrictif ou bien de type boulimique (avec compulsions alimentaires et/ou des comportements compensatoires). | – Restriction calorique, à l’origine d’un poids significativement faible. – Peur intense de prendre du poids et/ou de devenir gros.se, y compris à un poids significativement faible. – Perturbations de la relation au corps, à l’apparence, et non reconnaissance de la gravité associée au poids qui est significativement faible. |
Boulimie ou en anglais Bulimia Nervosa (BN). Il existe différents degrés de sévérité du trouble, selon la fréquence hebdomadaire des compulsions et des comportements compensatoires. | – Compulsions alimentaires, c’est-à-dire ingérer une quantité importante de nourriture sur un temps court (moins de 2h) avec un sentiment de perte de contrôle, et ce au moins 1 fois par semaine depuis 3 mois. – Comportements compensatoires : vomissements, laxatifs, diurétiques, jeûne ou exercice physique excessif, et ce au moins 1 fois par semaine depuis 3 mois. – Estime de soi largement influencée par le poids et/ou l’apparence physique. |
| Hyperphagie Boulimique (HB) ou en anglais Binge Eating Disorder (BED) Il existe différents degrés de sévérité du trouble, selon la fréquence hebdomadaire des compulsions. | – Compulsions alimentaires, c’est-à-dire ingérer une quantité importante de nourriture sur un temps court (moins de 2h) avec un sentiment de perte de contrôle, et ce au moins 1 fois par semaine depuis 3 mois. – Se sentir en détresse vis-à-vis de ces compulsions. – Absence de comportements compensatoires. Les compulsions alimentaires sont associées à au moins 3 éléments parmi les suivants : – Manger très rapidement. – Manger jusqu’à se sentir très inconfortable. – Manger pour une autre raison que par faim. – Manger seul.e par peur du regard des autres. – Se sentir dégoûté de soi-même par la suite, ou déprimé.e, ou culpabiliser. |
Autres troubles spécifiés.En anglais, OSFED : Other Specified Feeding and Eating Disorder | Il s’agit des différents troubles qui s’apparentent à l’un des 3 TCA précédents, causant une détresse significative, sans pour autant que le tableau clinique soit complet, et lorsque cette différence dans la symptomatologie peut-être spécifiée. Exemple 1 : l’anorexie mentale atypique, où tous les critères sont présents excepté le fait que malgré une perte de poids importante, le poids actuel reste un poids moyen voire au-dessus de la moyenne. Exemple 2 : le syndrome d’alimentation nocturne, caractérisé par de fréquentes prises alimentaires le soir après le dîner ou bien la nuit après s’être réveillé.e, associées à une détresse importante. |
PICA | – Consommation persistante de substances non nutritives et non alimentaires (ex : savon, argile, laine…), pendant une période d’au moins 1 mois. – Ces ingestions ne correspondent pas au niveau de développement de l’individu. – Ces ingestions ne sont pas liées à une pratique culturelle et ne sont pas non plus partagées par les pairs de l’individu. Si le trouble survient dans le contexte d’une autre pathologie mentale ou d’une situation médicale particulière (y compris pendant une grossesse), cela justifie une attention clinique supplémentaire. |
| Merycisme, ou en anglais Rumination Disorder. | – Régurgitations de nourritures, de façon répétée, pendant une période d’au moins 1 mois, sans que cela soit dû à un trouble digestif. – Ce symptôme ne survient pas exclusivement pendant un épisode d’anorexie mentale, de boulimie ou d’un autre TCA. Si le trouble survient dans le contexte d’une autre pathologie mentale, cela justifie une attention clinique supplémentaire. |
| Trouble de l’alimentation sélective et évitante.En anglais, ARFID : Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder | – Perturbation(s) de l’acte alimentaire entraînant une incapacité persistante à répondre à ses besoins énergétiques et/ou nutritionnels, ceci n’était pas lié à un manque de nourriture ni à une pratique culturelle. – Ces perturbations sont associées à au moins un éléments parmi les suivants : Perte de poids importante, ou bien poids significativement inférieur au poids attendu selon l’âge et la taille, ou bien retard de croissance ; Carence(s) nutritionnelle(s) significatives ; Dépendance à une alimentation entérale ou aux compléments nutritionnels oraux (CNO) ; Conséquences significatives sur la sphère psychosociale. Exemple 1 : manque d’intérêt important pour la nourriture et pour le fait de manger. Exemple 2 : évitement de certains aliments du fait de leurs caractéristiques sensorielles. A noter que ces perturbations peuvent tout à fait ne pas être associées à des perturbations de la relation au corps. |
Autres troubles non spécifiés.En anglais, UFED : Unspecified Feeding or Eating Disorder. | Il s’agit des différents troubles qui s’apparentent à l’un des TCA précédemment décrits, causant une détresse significative, sans pour autant que le tableau clinique soit complet, et lorsque cette différence dans la symptomatologie ne peut pas être spécifiée (contrairement aux OSFED vus précédemment). Il s’agit souvent d’un diagnostic temporaire en cas d’informations insuffisantes lors de l’entrevue entre la personne concernée et la ou le thérapeute chargé.e de poser un diagnostic. |
Bigorexie, ou en anglais Muscle Dysmorphia. | – Préoccupation importante pour l’apparence physique concernant spécifiquement les muscles. – Cette préoccupation centrée sur la musculature est toutefois souvent associée à d’autres préoccupations corporelles (acné, cellulite, poids de corps…). – Ces préoccupations corporelles sont associées à une détresse émotionnelle significative pouvant affecter la vie sociale, la vie professionnelle etc. Il s’agit bien d’un trouble alimentaire, actuellement classifié parmi les troubles de l’image corporels appelés dysmorphophobies. La dysmorphophobie est une forte préoccupation sur une caractéristique corporelle jugée comme un défaut, alors même que ce défaut n’est pas ou peu perceptible par autrui. Elle est associée à des comportements répétitifs mettant en évidence une forte anxiété (pesées, miroir, se laver, demander l’avis des autres etc). Elle est également associée à de fréquentes comparaisons à l’apparence des autres. |
Orthorexie | – Focus mental excessif sur l’alimentation “saine”, basé sur un ensemble de croyances alimentaires très ancrées. – Nombreux comportements de contrôle de l’alimentation, dans le but de favoriser au maximum un bon état de santé, souvent avec des évictions alimentaires strictes. – Détresse émotionnelle significative, notamment en cas de consommation d’aliments jugés “malsains”, ce qui entraîne de la peur, de l’anxiété, de la honte ou encore de la culpabilité, éventuellement une sensation d’impureté (d’où les fréquentes pratiques de jeûnes, détox, lavements etc.). Ces pratiques entraînent fréquemment une perte de poids bien que l’objectif principal évoqué par les personnes concernées ne soit pas toujours celui-ci. Ceci dit, cet objectif de contrôle du poids est très souvent implicite et masqué derrière l’objectif de manger sainement, notamment parce que l’estime de soi est dans ce cas étroitement liée à la perception de l’apparence corporelle. D’autres conséquences sont fréquentes : les carences nutritionnelles, les troubles digestifs, la fatigue, la perte des cheveux, une charge mentale très importante etc. |
Les différents TCA selon la CIM-11
Dans la CIM-11, les TCA sont définis ainsi :
“Les troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires sont caractérisés par des comportements alimentaires anormaux qui ne s’expliquent pas par une autre affection médicale et qui ne sont pas adaptés au développement ou culturellement sanctionnés.
- Les troubles de conduites alimentaires correspondent à des troubles comportementaux qui ne sont pas liés à des préoccupations relatives au poids et à la silhouette, comme l’ingestion de substances non comestibles ou la régurgitation volontaire d’aliments.
- Les troubles de l’alimentation correspondent à un comportement alimentaire anormal et une préoccupation pour la nourriture, ainsi qu’une préoccupation marquée pour le poids et la silhouette.”
Mais en pratique, en France, nous utilisons le terme Trouble des Conduites Alimentaires pour évoquer l’ensemble des troubles évoqués dans le tableau précédent, ces troubles sont majoritairement liés à des préoccupations relatives à l’apparence corporelle et au poids.
Dans la CIM-11 sont répertoriés les TCA suivants :
| Anorexie Mentale | – Poids corporel considérablement bas pour l’âge, la taille et le stade de développement de l’individu (IMC inférieur à 18,5 kg/m2 chez les adultes et IMC pour l’âge en-dessous du 5ème percentile chez les enfants et les adolescents). – Ceci n’est pas dû à une autre affection médicale ou à l’indisponibilité de nourriture. – Schéma persistant de comportements destinés à empêcher la restauration d’un poids normal : comportements visant à réduire l’apport d’énergie (alimentation restreinte) ; comportements de purge (se faire vomir, abuser des laxatifs, etc.) ; comportements visant à augmenter la dépense d’énergie (activité physique excessive etc.), habituellement associé à une peur de prendre du poids. – Le faible poids corporel ou la silhouette mince est essentiel(le) pour l’auto-évaluation de la personne ou est perçu(e) à tort comme étant normal(e) voire trop gros(se). A noter qu’une perte de poids rapide (perte de plus de 20 % du poids corporel en 6 mois) peut remplacer la directive du poids corporel bas dans la mesure où les autres critères de diagnostic sont satisfaits. |
| Boulimie nerveuse | – Épisodes fréquents et récurrents de frénésie alimentaire* (une fois par semaine ou plus sur une période d’au moins un mois). – Comportements compensatoires inappropriés répétés visant à prévenir la prise de poids ( vomissements provoqués, abus de laxatifs ou de lavements, activité physique intense). – Préoccupations importante au sujet de sa silhouette ou de son poids, qui influence fortement l’auto-évaluation et l’estime de soi. – Détresse marquée concernant le schéma de frénésie alimentaire et un comportement compensatoire inapproprié ou une déficience importante dans les domaines personnel, familial, social, scolaire, professionnel ou d’autres domaines de fonctionnement importants. *Un épisode de frénésie alimentaire est une période distincte pendant laquelle l’individu ressent une perte subjective de contrôle sur la nourriture, mange notablement plus ou différemment de d’habitude, et se sent incapable d’arrêter de manger ou de limiter le type ou la quantité de nourriture consommée. |
| Frénésie alimentaire | – Épisodes fréquents et récurrents de frénésie alimentaire (une fois par semaine ou plus sur une période de plusieurs mois). – La frénésie alimentaire est ressentie comme très perturbante, et s’accompagne souvent d’émotions telles que la culpabilité ou le dégoût. Toutefois, contrairement à la boulimie nerveuse, les épisodes de frénésie alimentaire ne sont pas régulièrement suivi par des comportements compensatoires inappropriés visant à prévenir la prise de poids (vomissements provoqués, abus de laxatifs ou de lavements, activité physique intense). – Détresse marquée concernant le schéma de frénésie alimentaire ou une déficience significative dans les domaines personnel, familial, social, scolaire, professionnel ou d’autres aspects de fonctionnement importants. |
Trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif | – Évitement ou restriction de l’apport alimentaire qui entraîne : 1. L’apport d’une quantité ou d’une variété insuffisante d’aliments pour satisfaire les besoins énergétiques ou nutritionnels adéquats, provoquant une perte de poids importante, des carences nutritionnelles significatives, une dépendance envers des compléments nutritionnels oraux ou une alimentation par sonde, ou ayant a affecté négativement d’une autre façon la santé physique de l’individu. 2. Une déficience significative dans les domaines personnel, familial, social, scolaire, professionnel ou d’autres domaines de fonctionnement importants (p. ex. en raison de l’évitement ou de l’angoisse à l’idée de participer à des activités sociales impliquant de manger). – Le comportement alimentaire n’est pas motivée par une préoccupation à l’égard du poids corporel ou de la silhouette. – L’apport alimentaire restreint et ses effets sur le poids, d’autres aspects de la santé ou le fonctionnement, ne sont pas dus à un manque d’accès à la nourriture, ni une manifestation d’une autre affection médicale (allergies alimentaires, hyperthyroïdie etc.) ou d’un trouble mental, et ne sont pas dus à l’effet d’une substance ou d’un médicament sur le système nerveux central y compris aux effets d’un sevrage. |
| Pica | – Consommation régulière de substances non nutritives, comme des objets et des matériaux non-alimentaires (par exemple de l’argile, de la terre, de la craie, du plâtre, du plastique, du métal et du papier) ou des ingrédients alimentaire bruts (par exemple, de grandes quantités de sel ou de farine de maïs). – Chez un sujet ayant atteint un âge de développement suffisant pour normalement faire la distinction entre les substances comestibles et non comestibles (environ 2 ans). – Le comportement est préjudiciable à la santé, provoque une altération du fonctionnement ou un risque important en raison de la fréquence, de la quantité ou de la nature des substances ou des objets ingérés. |
| Trouble de rumination-régurgitation | – Comportement de régurgitation* fréquent (au moins plusieurs fois par semaine) et soutenu pendant une période d’au moins plusieurs semaines. – Ceci ne s’explique pas totalement par une autre affection médicale qui provoque directement une régurgitation (sténoses de l’œsophage, ou troubles neuromusculaires affectant le fonctionnement de l’œsophage) ou qui provoque des nausées ou des vomissements (sténose du pylore par exemple). – Chez un sujet ayant atteint un âge de développement d’au moins 2 ans. *Faire remonter de façon intentionnelle et répétée des aliments précédemment avalés dans la bouche (c.à-d. régurgitation), qui peuvent être re-mâchés et ré-avalés (c.-à-d. rumination), ou peuvent être délibérément recrachés (mais pas comme dans les vomissements). |
Conclusion
Ces diagnostics peuvent vous aider, si toutefois vous en ressentez le besoin, à mieux comprendre quel nom porte le trouble dont vous souffrez.
Cela dit, il est probable que vous ne vous reconnaissiez ou pas totalement dans aucun des diagnostics, que ce soient ceux du DSM-5 ou bien ceux de la CIM-11 qui divergent en certains aspects.
Si tel est le cas et que cela vous perturbe, n’hésitez pas à m’en parler lors de notre prochain live. Bien sûr, la pose d’un diagnostic n’est absolument pas nécessaire pour entamer une démarche de changement et pour sortir des troubles alimentaires.
En effet, beaucoup de personnes sont concernées par des formes atypiques de TCA, ou encore à des formes dites sous-cliniques. En clair, tous les critères de diagnostic ne sont pas présents, ou bien tous sont présents mais de façon plus atténuée et/ou plus rare qu’évoqué dans les manuels de diagnostics.
De plus, d’autres personnes n’ont pas de TCA à proprement parler, mais plutôt des dysfonctions temporaires de leur comportement alimentaire notamment du fait d’avoir suivi des plans alimentaires restrictifs.
- Par exemple, le fait d’avoir appris à ne manger que 4 repas par jour à heure fixe peut avoir fait « disparaître » les sensations de faim, mais celles-ci peuvent bien sûr revenir.
- Autre exemple, le fait de se sentir fréquemment frustré.e et/ou stressé.e au sujet de la nourriture peut augmenter la fréquence et l’intensité des envies de manger émotionnelles par rapport à votre “état normal” sans frustration. Ceci est également passager et réversible.
Enfin, il est fréquent que les symptômes évoluent dans le temps et qu’une même personne soit concernée par différents diagnostics à différents moments de sa vie.
J’espère que cet article vous aura été utile !

