Avant de lire cet article et si ce n’est pas déjà fait, je vous recommande la lecture de l’article intitulé “TCA : de quoi s’agit-il ?” où vous comprendrez que le diagnostic d’un TCA repose sur l’observation concomitante de plusieurs critères, chacun étant défini de façon précise. On parle dans ces cas de troubles “cliniques”.
Dès lors que les symptômes observés chez une personne ne coïncident pas de façon exacte avec tableau clinique du TCA soupçonné, le diagnostic de ce TCA ne peut pas être établi.
Dans ce cas, il peut s’agir d’autres diagnostics :
- Les TCA atypiques
- Les TCA sous-cliniques ou subcliniques
- L’alimentation troublée
A savoir qu’il n’est pas toujours simple de distinguer lequel de ces termes est le plus adapté à une symptomatologie donnée. Et parfois il se trouve que deux termes (voire même les trois) sont adaptés pour une même personne à un instant t.
Les TCA atypiques
Dans le cas où l’un des critères du tableau clinique est absent, ou bien que s’y ajoute un symptôme supplémentaire, on pose généralement le diagnostic de TCA atypique.
Selon le DSM-5, les TCA atypiques sont souvent classés parmi les OSFED (Other Specified Feeding and Eating Disorder) ou parmi les UFED (Unspecified Feeding or Eating Disorder) ; Dans ce cas, il s’agit donc bien de TCA à proprement parler, d’un trouble clinique.
Prenons l’exemple de l’anorexie mentale atypique :
Le premier critère permettant de diagnostiquer l’anorexie mentale est la présence d’une restriction calorique significative, entraînant une perte de poids jusqu’à un poids significativement bas (poids en dessous du poids d’équilibre connu de l’individu, et/ou IMC généralement en dessous de 18,5).
Il y a deux autres critères permettant de poser le diagnostic pour ce TCA : la peur intense de prendre du poids et/ou de devenir gros.se ; et des perturbations de la relation au corps, à l’apparence.
On parlera par exemple d’anorexie mentale atypique dans le cas suivant : la personne met en place une restriction calorique significative, associée aux 2 autres critères de diagnostic de ce TCA, toutefois cela n’entraîne pas de perte de poids ou alors cela entraîne une perte de poids sans que celui-ci soit significativement bas. Considérant l’IMC, la personne peut tout à fait être concernée par une “corpulence normale”, par un “surpoids” ou par une “obésité”.
Les TCA sous-cliniques
Dans le cas où l’un des critères du tableau clinique n’est que partiellement observé, ou bien que la fréquence du symptôme est atténuée, on parle d’un TCA sous-clinique, également appelé TCA subclinique.
Prenons l’exemple de la boulimie sous-clinique :
Le premier critère permettant de diagnostiquer la boulimie est la présence de compulsions alimentaires (c’est-à-dire ingérer une quantité importante de nourriture sur un temps court de moins de 2h avec un sentiment de perte de contrôle), et ce au moins 1 fois par semaine depuis 3 mois.
Il y a deux autres critères permettant de poser le diagnostic pour ce TCA : la présence de comportements compensatoires (vomissements, laxatifs, diurétiques, jeûne ou exercice physique excessif) au moins 1 fois par semaine depuis 3 mois ; et une estime de soi largement influencée par le poids.
Si une personne présente les 3 critères de diagnostic de ce TCA, mais que la fréquence des compulsions et/ou des comportements compensatoires est moindre (par exemple : 1 fois par quinzaine) alors le diagnostic de boulimie ne peut être établi pour cette personne. En revanche, ses symptômes observables étant exactement ceux de la boulimie avec une fréquence moindre de compulsions, un diagnostic de forme subclinique de boulimie peut être établi.
L’alimentation troublée
Il n’y a pas forcément de distinction à faire entre un trouble alimentaire sous-clinique et l’alimentation troublée, dans la plupart des cas les deux diagnostics sont justes.
Dans ce cas, pourquoi 2 termes différents existent ?
Premièrement parce que le terme d’alimentation troublée est issu du terme anglophone “disordered eating” (comparativement aux TCA appelés “eating disorders”) et il est actuellement de plus en plus utilisé en France dans le langage courant, alors que le terme de trouble subclinique est plutôt utilisé par les chercheurs et les professionnel.le.s de santé qui lisent de la littérature scientifique sur le sujet des TCA.
Dans le langage courant, l’alimentation troublée désigne toutes les formes de préoccupations alimentaires (souvent associés à des préoccupations corporelles) qui ne sont pas des TCA au sens clinique du terme. Dans le langage scientifique, pour ces mêmes raisons le terme de trouble sous-clinique sera utilisé.
Deuxièmement du fait que beaucoup de personnes développent une alimentation troublée dont les caractéristiques restent assez différentes des TCA :
- Cette alimentation troublée est temporaire,
- Les symptômes sont réversibles,
- Et la cause de cette alimentation troublée est presque unique : la pratique de régimes hypocaloriques dans le but de perdre du poids, et ceci dans le but de se sentir mieux dans son corps (généralement la personne recherche une meilleure estime de soi, une meilleure confiance en soi).
A l’inverse, la plupart du temps, en cas de TCA ou de TCA subclinique :
- Les troubles s’inscrivent sur le long terme, deviennent chroniques, parfois certains symptômes perdurent même à vie ;
- Certains symptômes ou certaines conséquences ne sont pas (ou pas totalement) réversibles ;
- Il y a presque toujours plusieurs causes à l’origine du développement du trouble, ce sujet étant développé dans un autre article.
Conclusion
Vous l’aurez peut-être constaté, poser un diagnostic peut ne pas être chose aisée puisque les symptômes observés chez une personne ne coïncident pas toujours de façon exacte avec le tableau clinique d’un TCA en particulier.
En pratique, les troubles alimentaires abordés dans cet articles sont fréquents, il est donc tout à fait possible que vous soyez concerné.e par l’un de ces troubles plutôt que par un TCA “clinique” c’est-à-dire avec le tableau clinique complet. Si tel est le cas, cela ne veut pas dire que votre situation n’est pas grave, que vos difficultés ne sont pas réelles, ou que vous pouvez vous en sortir seul.e et facilement. Aucun trouble alimentaire, même sous-clinique, n’est à prendre à la légère.
De plus, les symptômes ne sont jamais figés et identiques dans le temps, on observe qu’ils sont souvent évolutifs. Une même personne peut donc être concernée par différents diagnostics au cours de sa vie. Une alimentation troublée peut devenir un TCA clinique, et inversement.
Quoi qu’il en soit, sachez qu’il n’est pas forcément nécessaire qu’un psychiatre pose un (bon) diagnostic pour pouvoir sortir des troubles alimentaires. Vous pouvez ressentir le besoin qu’un diagnostic soit posé, notamment pour mettre des mots sur vos souffrances et pour légitimer le fait qu’il ne s’agisse en rien d’un manque de volonté mais bien d’une pathologie. Vous pouvez également avoir une idée plus ou moins précise du diagnostic qui pourrait être posé, sans pour autant consulter un psychiatre pour cela, en observant vos symptômes et/ou en en discutant avec un.e professionnel.le de santé compétent.e sur le sujet.
Votre travail pour sortir progressivement des troubles alimentaires reposera surtout sur votre engagement au sein d’un ou de plusieurs accompagnements, par des professionnel.le.s compétent.e.s et grâce à la relation de confiance que vous entretiendrez avec elles ou eux.
J’espère que cet article vous aura été utile !

